« Pour réconcilier un enfant avec la lecture, il faut lui en faire cadeau et lui lire quelque chose à voix haute »


Interview de Daniel Pennac,
janvier 2018
à l’occasion de la nuit de la lecture.

A l’occasion de cette  interview réalisée par Télérama, Je vous recommande la lecture du livre « COMME UN ROMAN » ( médiathèques de Guérande, Pornichet, La Baule, St Nazaire). Sa lecture est intéressante et nous donne à voir comment enrichir notre réflexion et notre pratique de lecture à voix haute.

EXTRAITS : ……………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

“Ne jamais demander à qui que ce soit s’il a lu le livre que vous lui avez offert”

Parmi les droits imprescriptibles du lecteur (ci-après) que vous définissez dans Comme un roman, le neuvième est celui de la lecture à voix haute. Vous en parlez comme d’un rituel essentiel pour les plus jeunes. Vous écrivez qu’à chaque fois que vous faisiez la lecture à votre fille entre vous « l’amour y gagnait une peau neuve. C’était gratuit ».

Ah oui ! La notion de gratuité est essentielle. Si je vous offre un livre un jour, en vous disant : « lis-le, c’est vachement bien », une fois que j’ai fait cet acte-là, je ne vous demanderai jamais si vous l’avez lu. Jamais ! « Dis donc, tu as lu le bouquin que je t’ai donné ? » Ça, c’est un éteignoir de la lecture, une dissuasion terrible. Ne jamais demander à qui que ce soit s’il a lu le livre que vous lui avez offert. Et c’est pareil pour les enfants à qui vous lisez une histoire : ne jamais leur demander s’ils ont compris — ce n’est pas votre problème —, ni s’ils ont aimé. « Tu as aimé ? Je t’ai lu un livre, t’as aimé ? » C’est tellement agressif !

“Lisez la fin, l’agonie de ce pauvre père Goriot, et vous avez une classe de caïds qui chialent”

Vous avez fait beaucoup de lectures à voix haute, pour vos élèves d’abord, et puis plusieurs fois sur scène, avec notamment Bartleby d’Herman Melville, au Festival d’Avignon.
En quoi est-ce un mode de lecture primordial ?

J’avais des élèves réputés nuls, déglingués… Ce n’était pas de leur faute, mais ils étaient dans un désarroi scolaire total et, surtout, ils affirmaient ne pas aimer lire. Si vous croyez un enfant qui vous dit qu’il n’aime pas lire, alors il est foutu. Et vous, en tant que professeur vous êtes foutu aussi. Il ne faut surtout pas le croire ! En réalité, ce qu’il vous dit c’est : « J’ai peur de la question que tu vas me poser inévitablement une fois que j’aurai lu. » Donc, pour réconcilier cet enfant avec la lecture, il faut lui en faire cadeau et lui lire quelque chose à voix haute. Le procédé rencontre d’abord une résistance, ils vous disent : « on a passé l’âge ». Evidemment, vous les piégez en cinq petites minutes avec les textes les plus merveilleux de la littérature. Ils disent : « Le Père Goriot, non c’est chiant, c’est au programme ! » Là vous leur lisez la fin, l’agonie de ce pauvre père Goriot, et vous avez une classe de caïds qui chiale ! Et à la mort d’Emma Bovary, ils pleurent !

Quel plaisir prenez-vous à faire la lecture comme cela ?

Avec les élèves, le plaisir c’est de voir le texte s’incarner dans les visages. C’est merveilleux l’incarnation du texte dans un regard : le gosse au début, il affecte de s’emmerder, il affecte de ne pas aimer ça, et puis, petit à petit, il y a cette transformation météorologique, le ciel qui devient bleu dans ses yeux. Ça ne rate presque jamais. Les réfractaires absolus à la lecture sont très rares, j’ai dû en rencontrer un ou deux en trente ans d’enseignement.

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C’est comme ça qu’on donne le goût de la lecture ?

Exactement ! Il faut raconter des histoires aux plus jeunes : les romans se racontent, Madame Bovary se raconte. Mon frère m’avait résumé Guerre et Paix, de Tolstoï, en me disant : « C’est l’histoire d’une fille qui aime un mec et qui en épouse un troisième. » Formidable. Si avec ça vous n’avez pas envie d’aller voir par vous-même…

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* sources en fin d’article 

 

 LES DROITS IMPRESCRIPTIBLES DU LECTEUR selon Daniel Pennac

(extraits du livre « Comme un roman »)

  1. Le droit de ne pas lire.
  2. Le droit de sauter des pages
  3. Le droit de ne pas finir un livre
  4. Le droit de relire
  5. Le droit de lire n’importe quoi
  6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible) (1)
  7. Le droit de lire n’importe où
  8. Le droit de grappiller (2)
  9. Le droit de lire à haute voix
  10. Le droit de nous taire
  • (1)Le droit au bovarysme : « c’est cela en gros le bovarysme »: cette satisfaction immédiate et exclusive de nos sensations : l’imagination enfle, les nerfs vibrent, le coeur s’emballe… »
  • (2) le droit de grappiller : « le droit de saisir n’importe quel livre de notre  bibliothèque, de l’ouvrir n’importe où » et d’y passer le temps dont on dispose.

Le sujet est ouvert.
Que pensez-vous
des assertions de Daniel Pennac ?
Quelle est votre avis ?

 

 

* Sources :
  Julia Vergely Télérama en ligne du 18/01/2018 (lire ici l’interview )

  Comme un roman Daniel Pennac Editons Gallimard 1992 disponible en médiathèques de Guérande, La     Baule, Pornichet, Saint-Nazaire.

 

Chantal Beunet

publication sur le blog le mercredi 06 février 2019

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